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Date de création : 28.10.2008
Dernière mise à jour : 19.01.2024
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Le Noël de Golè

Le Noël de Golè

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Jean-Claude RENOUX
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Le Noël de Golè.

Il était gentil Jean-Louis, Golè était le premier à le reconnaître. Si tous les Toubabs étaient comme lui… Mais il l’avait mis dans la merde, oui, oui, dans la merde avec cette histoire de produit vaisselle… 
Golè pressa le pas : il devait être à pied d’œuvre dans un quart d’heure. Il ne serait pas en retard. Il ne voulait pas les décevoir, les Jean-Louis, les François qui l’avaient aimé sans rien lui demander d’autre qu’un sourire ou un éclat de rire. Et ils souriaient quand ses yeux souriaient, et ils riaient quand il riait.

Tout s’était joué quinze jours plus tôt, aux puces. Jean-Louis s’était approché du stand de Riton, sur le parking du stade des Millières. Il était accompagné d’un autre homme aux cheveux blancs soigneusement peignés, le teint rose, qui portait une croix en bois autour du cou. Golè, Momo, Bolo et Riton battaient la semelle pour tenter de vaincre le froid. Riton râlait en offrant à qui en voulait du café d’une bouteille thermo. D’après lui, la recette ne serait pas énorme aujourd’hui. Trop froid. Ils perdaient leur temps et risquaient d’attraper la crève pour que dalle. 

Ils étaient inséparables. Ils s’étaient rencontrés au vestiaire du secours populaire, et s’étaient plu de suite. Riton, avec sa crinière et sa barbe grises de patriarche, sa gueule d’ancien alcoolique, Bolo et son accent mou d’Europe de l’Est, Momo presque aussi noir et crépu que Golè, et lui, Golè, le Nègre d’Afrique noire. 

Riton avait un camion qu’il bricolait constamment et qui datait d’un temps où Golè n’était pas né. Ils s’étaient associés. Ils vidaient les greniers, jetant ce qui devait être jeté, réparant ce qui pouvait être réparé, et vendant ce qu’ils pouvaient, le dimanche. Ils vivotaient, s’habillant au secours populaire, ou au secours catholique, mangeant de temps à autre un repas chaud chez les gens de l’Armée du Salut, passant de temps à autre prendre des nouvelles et dire bonjour aux copains du comité de soutien aux sans-papiers…

Le soir, Golè faisait le ménage chez Mehmet, après avoir mangé avec le Turc et sa famille ce qui ne serait plus consommable le lendemain. Puis il s’installait pour la nuit. Son tapis et son duvet étaient soigneusement roulés dans un placard. Il servait d’antivol au magasin, disait Riton en rigolant. Certains soirs, Liliana le rejoignait.

Jean-Louis présenta l’homme à la croix de bois :
- C’est François, un copain catho !
- Bonjour mon père !
- Ta gueule Riton, je suis le père de personne. Je suis le copain de tout le monde.
Il serra la main de Golè :
- Appelle-moi François.
Jean-Louis rigola à son tour :
- Bon, eh bien maintenant que je vous ai présenté, tu te démerdes avec eux.
- Houlà, rugit Riton, je sens venir l’arnaque. Bon, allez accouche François, qu’on en finisse. Avec moi, ce sera pas la peine de discuter longtemps. Ce sera oui ou non.
L’homme à la croix de bois leur expliqua son projet, comme il disait : organiser une crèche vivante. Il avait pensé, ou plutôt Jean-Louis avait pensé, à Bolo, Momo et Golè pour jouer les rois mages…
- Et moi, rigola Riton, je devrais me mettre tout nu et faire l’enfant Jésus ?
- Non, toi tu ferais Joseph !
- Vous rigolez ou quoi ? Je suis athée moi…
- Oui, ça on le sait, tu le gueules assez sur tous les tons.
- Merde, vous êtes pas sérieux ?
- Ben si…
- Mais eux non plus ils sont pas chrétiens, à part Bolo bien sûr. Chez lui ils sont cathos jusqu’à en être cons… Euh, excuse-moi, François !
- Ben justement c’est ça mon idée : réunir Bolewslaw le Polonais, Mohamed le musulman et Golè l’animiste.
Riton avait réfléchi.
- Bon, s’ils sont d’accord, moi je suis partant.

Bolo avait dit da, Momo on verra, ce qui voulait dire oui, et Golè avait opiné de la tête. C’étaient ses copains, et Jean-Louis aussi, il ne pouvait pas faire autrement.

Ça c’était compliqué avec cette histoire de Mir. Bon, Bolo amenait de l’or, Momo de l’encens, et lui Golè il devait offrir de la myrrhe. C’était ridicule cette histoire. Golè savait bien qu’on disait du mir et non de la myrrhe. Il s’en servait chez Mehmet. Il ne voyait pas pourquoi il devrait se charger d’un produit pour le ménage, lui le Nègre, quand les autres amenaient quelque chose de précieux. 

Ils avaient répété tous les soirs pendant une semaine ; et tous les soirs venaient le moment tant redouté. 
Riton-Joseph disait à Golè :
- Et toi, Balthazar, quelle est ton offrande ?
Golè tendait un coffret incrusté de verroterie ; immanquablement il répondait :
- Du mir !
Les premières fois, tout le monde avait rigolé. Puis les sourires s’étaient crispés. Et François avait explosé :
- Qui est-ce qui m’a fichu un connard pareil ?

Enfin, Golè, à force de concentration, articulait en faisant exploser ses dents blanches entre ses grosses lèvres :
- De la MYR-RHE !
- On dirait que tu lâches « de la MER-DE », mais je préfère ça au Mir, avait grommelé François.

Le grand soir, comme l’appelait Riton, était arrivé. On s’affairait autour d’eux, toute une bande de vieilles cathos qui faisaient les dernières retouches, et les maquillaient. Ça, pour être beaux, ils étaient beaux, les rois mages. En se contemplant dans la glace, Golè ressentit un bref moment de fierté. Puisqu’on voulait qu’il offre de la myr-rhe, il offrirait de la myr-rhe. 

Il y avait soixante-dix personnes dans la salle, et des journalistes locaux. 
Riton-Joseph avait pris place dans la crèche, avec Liliana, une jeune roumaine qui tapinait sur le périphérique. Golè la connaissait bien. C’était sa copine. Elle venait de temps à autre manger chez Mehmet, les jours où elle était indisposée, comme elle disait. Parfois, elle le rejoignait sur les coups des deux ou trois heures du matin, quand les Albanais qui l’avaient achetée à des Russes avaient raflé la recette de la nuit. Elle tapait au rideau métallique. Golè savait que c’était elle. Elle insistait pour qu’il mette un truc en caoutchouc :
- Avec moi ça vaut mieux, t’aurais des surprises, grinçait-elle.
Il y avait un poupon plus vrai que vrai couché dans la paille. L’âne et le bœuf en carton secouaient la tête : Jean-Louis, des coulisses, actionnait des ficelles qui les faisaient acquiesçaient bêtement à tout ce qui se disait. Les mages en majesté entrèrent sur scène. D’abord Gaspard-Bolo, puis Melchior-Momo, et enfin, les dominant d’une tête, Balthazar-Golè. 

On y était !
Riton-Joseph s’était tourné vers Golè. Il lui avait dit :
- Et toi Balthazar, quelle est ton offrande ?
Golè regarda le public, puis Joseph et Marie, et s’assit.
- Lève-toi, bordel, rugit Riton entre ses dents, tu vas nous coller la honte. Lève-toi !
- Ton texte, bon Dieu, dis ton texte, soufflait bruyamment François.
- Une histoire, dit Golè.
- Quoi, demanda Joseph hébété ?
- Je vous ai apporté une histoire.

Golè conta. Il raconta une première histoire de Hyène et de Sanglier. Au premier rire, il rit aussi. Il chanta, avant d’attaquer une autre histoire. Elles lui venaient sans qu’il sache pourquoi elles devaient s’enchaîner ainsi. Les mots, les phrases roulaient entre ses lèvres épaisses, grondaient dans sa vaste poitrine. Son crâne faisait caisse de résonance. Il roulait des yeux, chantait, mimait Eléphant, et père Araignée. Les flashes des photographes crépitaient. Les rires coulaient comme l’eau de sources mêlées. Les yeux souriaient. 
Il parla une heure. C’est ce qu’on lui dit, quand il se tut enfin et qu’éclatèrent les applaudissements. François en bégayait, Liliana pleurait, Riton, Bolo et Momo le serraient dans leurs bras. C’était leur copain qui avait fait ça !
- Toi, mon salaud, avait tonné Jean-Louis, ils sont pas prêts de te coller dans un avion pour retourner dans ton pays. Pas après un coup pareil. Demain y aura ta tronche dans le journal. Crois-moi, ta publicité on va la soigner !

Commentaires (4)

RENOUX le 23/11/2008
Toujours trop long pour vous rimesoudeprime ?
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peintredesdom le 24/11/2008
J'ai trouvé vos textes charmants...
je suis auteur de contes en Martinique, merci de me lire j'en serai honoré.
Cordialement,
JMarc W.
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RENOUX le 24/11/2008
Je n'y manquerai pas, collègue :-)
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CHARVIEUX Sylvie le 01/12/2016

j'adore cette histoire, très bien écrite et dont le contenu me touche beaucoup;
un texte bien vu dans le contexte socio-politique actuel!


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