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28.10.2008
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Les différentes formes de contes (2ème partie)

Publié le 21/11/2009 à 17:02 par contespourtous
Les différentes formes de contes (2ème partie)
En cours de correction
(Il s'avère que la publication en une fois dans ce chapitre le rend difficilement lisible d'où mon choix de le publier en deux parties)

Les contes dits primitifs.
La plus ancienne trace écrite d’un conte remonte au XVIIIème siècle avant notre ère. C’est une version égyptienne, sur papyrus, du “ Conte des deux frères ”. (Voir le résumé plus loin.) Du temps de Sumer existaient déjà des récits, contes, mythes ou fables, dont nous ne conservons que des fragments. Ce que nous pouvons assurer, c’est que les contes avaient un contenu sexué ex-plicite, qu’on rencontre encore chez les Dongons et d’autres peu-ples d’Afrique, ou parmi les tribus amérindiennes d’Amazonie. Les contes édulcorés, pour enfants, sont apparus au XVIIème siècle, je l’ai dit plus haut. Les Français du petit peuple étaient friands de contes grivois. Cette tradition s’est maintenue longtemps chez nous, contre curés et pasteurs. Avant Perrault, le loup ne démolis-sait pas les maisons des petits cochons en soufflant dessus, mais en pétant. “ Si tu n’veux pas me l’ouvrir, i vas monter sur ta maison ; i ferai ben comme au jars, va : i péterai, vesserai, défoncerai toi et tes petits ! - Il monta sur la maison, péta, vessit, pissa, chia ! ” (Le conte de la treue, version poitevine ). Tout comme Jean de l’Ours se libère de la prison, où on l’a jeté pour avoir tué le régent, grâce à un pet phénoménal. Dans une version occitane des chevrettes, le loup a mangé Petit Jean et Petite Jeanne. “ Quand il franchit la porte il fit un pet. Pan ! Voilà Petit Jean qui sort. Il en fit un deuxième. Pan ! Voilà la Petite Jeanne ! ” (Fabre et Lacroix, “ La tradition orale du conte occitan ”.) Ça nous change de la version classique des “ Sept petits chevreaux ” ! Les histoires de pets abon-dent dans les contes africains, d’Afrique du Nord ou japonais. Dans une version nivernaise de Ricabert-Ricabon (le nom inconnu, thème universel), le petit homme déçu que la fille se soit rappelé son nom, disparaît dans un pet énorme. “ Pendant trois jours, il y en eut l’odeur ! ” Le héros des “ Trois dons ”, version de Haute-Bretagne, souhaite que sa marâtre pétât chaque fois qu’il éternue-rait. “ Toutes les fois qu’il faisait Atchin ! avec son nez, la vieille lui répondait par un son si éclatant qu’elle en était honteuse ! ” Le même motif donne lieu à toute une succession de gags hilarants dans “ Les crottes de lièvre ”, dans sa version limousine. Dans “ le roman de Renart ”, le goupil couvre allègrement quand il en a loisir madame Ysengrin. Quant au renard du “ Lion qui apprend à se ba-lancer ”, dans sa version nivernaise, il connaît les affres du pal. Il en arrive de vertes, de roussies et de brûlantes aux animaux de “ L’oncle charbonnier ”, version du Velay et du Forez qu’on ren-contre en Pyrénées : “ Il m’a fait rostir la mounelle (le sexe), que de cent ans je ne l’aurai tant belle, se plaint la renarde ! ” “ Et moi il m’a mit le doigt au cul, qu’encore il me bout, surenchérit l’ours ! ” Dans une variante de Cendrillon, “ La Cendroulié ”, la méchante sœur s’appelle “ Couilles de bouc ”. De même, le Petit Chaperon rouge de la traditon orale fait un strip-tease très réussi en jetant à chaque fois une partie de ses vêtements au feu. La femme de Barbe-Bleue aussi se déshabille pour gagner du temps. La Belle au bois dormant ne reçoit pas un chaste baiser dans les versions popu-laires : elle est bel et bien engrossée à l’insu de son plein gré, comme le diraient les Guignols de l’Info. La même mésaventure arrive à la Belle de “ L’île de Cacafouillat ”, dans sa version niver-naise. Dans “ Le Diable et les deux petites filles ”, autre version nivernaise de Hans et Gretel, que plus personne n’oserait écrire ou conter aujourd’hui, le Diable ôte un à un les vêtements de l’aînée des fillettes avant de les jeter au feu. Dans “ La fiancée du mort ”, version de haute Bretagne du thème de Lénore, la belle jette un à un ses apprêts à son amant défunt afin d’échapper aux noces des trépassés. On est plus près de Tex Avery ou des Contes de la Crypte que de Walt Disney ! Nombre de contes ont pour origine un inceste ou une agression sexuelle (la fille aux mains coupées, Ge-neviève de Brabant, Barbe-Bleue, Hélène de Constantinople etc. ). Le thème de la tache de sang indélébile, qu’on retrouve tant dans Barbe-Bleue que dans les autres versions de la mensongère, appa-raît dans la “ Gesta Romanorum ”, où les trois gouttes de sang sur la main représentent l’infanticide d’un enfant incestueux qui oblige la mère à porter un gant. On pourrait multiplier les exemples à l’infini !
Les films de Tony Gadlif sur les gitans peuvent nous permet-tre d’imaginer ce qu’était le langage abrupt des temps où l’on par-lait de vagin, de chatte ou de conet, au lieu de roses fraîches écloses ou de petits mistigris. Parler qui était celui des enfants comme des adultes. Audace de langage, qui n’est pas sans charme, mais entre le dire et le faire, il faut un lieu pour l’imaginaire, l’exorcisme… Il manquait un temps, un espace de langage à l’enfant en tant que tel. Ceux-ci n’ont été considérés dans leur singularité que récemment. Le conte pour enfants, un langage adapté à leur âge, représentent une prise de conscience des grandes personnes quant à l’originalité, au besoin de merveilleux du monde enfantin. Quelles que soient les intentions réelles de Perrault, ne lui jetons pas la pierre. Il a défri-ché un champ, que d’autres se sont chargés d’ensemencer !

Quelques exemples de contes dits primitifs, ou archaïques.
Résumé du conte des deux frères : Il était une fois deux frères, Anubis et Bata. Anubis était marié. Un jour, la femme d’Anubis proposa à Bata d’avoir des rapports sexuels. Refus du puîné. La belle-sœur se plaint auprès d’Anubis d’avoir été battue et violée par Bata. Les bêtes préviennent le puîné que l’aîné veut le tuer. Bata s’enfuit. À l’abri d’Anubis, Bata se coupe le pénis, le jette dans l’eau. Un silure l’avale. Il informe ensuite Anubis qu’il se rendra dans la Vallée du Pin, mettra son cœur au sommet d’une fleur de l’arbre. Le pin coupé, Anubis devra récupérer le cœur et le placer dans un bol d’eau. Le jour où le pin sera abattu, la bière de l’aîné débordera. Cette quête devra durer sept ans. Les Dieux fabri-quent une femme pour Bata. Les sept Hathors, déesses liées à la naissance (qui rappellent les Parques latines et les Moires grec-ques), prédisent que cette femme mourra par le couteau. Défense est faite par Bata à la jeune femme de sortir de la maison : la mer l’emporterait. La jeune femme transgresse l’interdit et une tresse de ses cheveux dérive jusqu’en Egypte. Pharaon décide de s’approprier la femme à qui appartient ces cheveux. Bata tue les messagers, sauf un. La jeune femme est enfin enlevée et remise à Pharaon. Elle demande que l’on coupe le pin. Bata meurt quand son cœur tombe. La bière d’Anubis déborde. Il trouve le corps de son frère. Il lui faudra sept ans pour retrouver les graines du pin qui contiennent le cœur de Bata. Il place les graines dans un bol, le cœur se reconstitue. Bata revient à la vie. Le puîné se change en taureau ; l’aîné se place sur son dos. Le taureau est offert à Pha-raon. Bata se fait reconnaître par la femme que les Dieux lui ont donnée. Elle demande à manger le foie du taureau. Deux gouttes de sang tombent du cou du taureau, qui engendrent deux perséas qui orneront les portes du palais de Pharaon. Bata se fait de nouveau reconnaître de la femme que les Dieux lui ont donnée. Les perséas sont abattus. Un copeau s’envole, pénètre dans la gorge de la femme, et la féconde. Un fils naît à Pharaon. Pharaon meurt. Bata engendré par la femme des Dieux fait convoquer les ministres et leur conte son histoire. La femme est jugée. Les deux frères se ré-concilient.
Autre conte : Inanna, la déesse de Sumer, après avoir traversé le ciel, s’endormit près du jardin de Shukallituda. Ce dernier abusa d’elle. Quelles ne sont pas la stupeur et l’indignation d’Inanna en constatant qu’un malotru l’a pénétrée à son insu comme la plus commune des mortelles. À qui, à l’époque, on ne demandait pas son avis, surtout quand il s’agissait d’une - ou d’un – esclave ! “ Alors à cause de son vagin, quel mal fit-elle ! ” Elle lança trois malédictions pour découvrir le coupable. Par malheur, nous n’en connaissons que les deux premières et nous n’avons pas la fin du conte … Autre conte, Chamacoco celui-là : “ Alors qu’il était malade et couché dans son hamac, un jeune homme entrevit la vulve de sa mère sur le toit de la hutte pour réparer la couverture. Enflammé de désir, il attendit son retour et la viola… ” Pour venger l’offense, les hommes tuèrent toutes les femmes (?), sauf une, qui se transforma en cerf. Un conte Taulipang raconte comment jadis les hommes et les animaux n’avaient pas d’anus. Ils faisaient leurs besoins par la bouche. L’anus se promenait parmi eux et ne trouvait rien de plus drôle que de s’en venir leur péter sous le nez. Les hommes et les animaux coalisés lui donnèrent la chasse. Ils l’attrapèrent. Ils le coupèrent en morceau. Chacun eut le sien, qu’il se colla où ça le gênait le moins. Dans cet autre conte d’Amérique du sud , une vieille femme nourrissait son gendre de poissons qu’elle pêchait dans son utérus. Jijijoaibu (c’est le nom du gendre) la fit trébucher. Elle chuta sur des cristaux dissimulés sous des feuilles. Les cristaux et les membres coupés tombèrent dans l’eau où ils devinrent piranhas.
Tous les contes étiologiques ne sont pas de la même veine. Il n’en demeure pas moins qu’il est douteux que les anciens aient établi un classement entre les contes convenables et ceux qui ne l’étaient pas. Cette notion, toute moderne, leur était étrangère. Pour eux, péter, ou avoir un vagin, était tout aussi naturel que manger, siffler, ou jouer de la musique sur un tronc d’arbre évidé. Je suis convaincu qu’à chaque conte traditionnel français correspondait une version grivoise pour les adultes, et une version enfantine de grands-mères !
C’est encore à Sumer que l’on trouve le premier Noé, le pre-mier Job. La Bible elle-même a été édulcorée, puisque dans les récits sumériens, akkadiens, babyloniens et arabes jusqu’à l’époque de Mahomet, Dieu insuffle la vie à l’homme non en lui soufflant dans les narines, mais en l’aspergeant de sperme.


Contes, fables, mythes et légendes

Publié le 21/11/2009 à 16:52 par contespourtous
Contes, fables, mythes et légendes
En cours de correction

Il n’y a pas de genre mineur. Pour les plus petits, il faut des supports : comptines, marionnettes et peluches. Pour un public essentiellement composé d’enfants, je recommande les histoires et les contes courts, qu’on ponctue de devinettes. Il faut choisir les contes facétieux avec soin, qu’ils soient adaptés à l’auditoire. Pour les adultes, il m’arrive souvent d’intervenir à la chaîne, coincé entre deux conteurs. On me demande alors de ne pas être trop long. Je n’ai guère le choix ! C’est mon conte-fétiche que je ressors dans ces cas-là : j’y vais de mon “ Plus gros gros-mot du monde ”. Si j’ai le temps, si je suis libre de mon verbe, rien ne m’empêche de naviguer d’un registre à l’autre : contes merveilleux, contes étiologiques, contes facétieux, mythes, légendes. Une blague urbaine de temps à autre. Des devinettes pour ponctuer la séance. Je vois souvent large dans ces cas-là !

Le conte.
Le conte est une invitation au voyage, au pays imaginaire, celui de l’enfant qui sommeille en nous. Ils (le mythe et le conte) sont les racines de toute fiction, donc de toute humanité. “ Ce qui est frappant, c’est que les thèmes de base n’ont pas beaucoup changé. Qui plus est, si on en croit la théorie du Père W. Schmidt, certains indices tendraient à prouver que quelques-uns des thèmes principaux de contes de fées remonteraient jusqu’à 25000 ans avant J.C., pratiquement sans altération. ” Il est vrai que Marie-Louise Von Frantz est adepte de la théorie phylogénétique des mythes (transmission d’archétypes et de l’inconscient collectif par les gènes) ! Daniel Fabre et Jean-Claude Schmitt mettent en exergue la stabilité relative du conte à travers les âges. “ Il apparaît que la mise en place des thèmes s’est très tôt achevée et qu’en particulier les phases d’évolution des sociétés de classes (esclavagisme, féodalisme, capitalisme) ne se traduisent jamais par un remodelage sensible du conte. Si des modifications apparaissent, elles sont rares, périphériques et ne permettent pas en aucun cas d’écrire une histoire. ”
Le conte se donne donc d’emblée comme fiction (exception faite des contes fantastiques qui peuvent se présenter comme une expérience personnelle, un témoignage découvert par hasard, ou une rencontre). Il est le plus souvent balisé, je l’ai dit. Dans nos contrées, il commence par “ Il était une fois ”. Il se termine par une formulette du type “ Et cric, et crac, mon histoire est finie. ” On rencontre aussi des formules plus complexes, parfois rimées. “ Marche aujourd’hui, marche demain, à force de marcher on fait du chemin. Pourvu qu’on ne tombe pas le nez dans la poussière, on n’a pas besoin de se débarbouiller. Quand on tombe sur le dos, on ne se casse pas les dents. Je traversais une forêt où il n’y avait pas de bois etc. ” Ou encore : “ C’est là qu’il y eut un festin ! Il n’y manquait ni massepains, ni macarons, ni crêpes épaisses ni crêpes fines. J’en mangeai tout mon saoul, et lêchai la marmite ! ” Les contes japonais se terminent souvent par la formule : “ Voilà ce qui arrive quand on se mêle d’imiter les autres ! ”
La plupart du temps, le héros n’est pas nommé (ce n’est pas une règle générale !). On ne les connaît que comme “ un jeune garçon ”, “ une princesse ”, “ la fille du roi d’Espagne ”, etc. Ou sous un surnom. “ Le petit Poucet ”, “ Cendrillon ”, “ Peau d’Ane ”, “ La Belle au bois dormant ”, “ le Petit Chaperon rouge ”, etc. À l’expérience, les enfants ne demandent pas forcèment que le héros soit nommé ! C’est pour mieux faciliter l’identification au héros, je l’ai dit plus haut. Dans les contes arabes, en revanche, ils le sont souvent. C’est que le nom y est l’âme, l’être dirait Chouraqui, du héros. Le nom, c’est quelque part le Destin. C’est écrit ! Qu’on traduise un jour la Bible, ou la mythologie grecque, avec le sens étymologique exact du nom des personnages ; cela en éclairerait la lecture. Job qui, au passage, n’est pas juif mais Arabe, des environs de Médine, deviendrait “ le haï ”. Jephté “ Dieu libère ”, Jacob “ je talonne ”, Léa “ la vache sauvage ”, Rachel “ la brebis ”. Dans ce dernier cas, on verrait d’un jour nouveau le fait qu’elle soit la seule des grands aïeuls à reposer à Bethléem, “ la maison des pains ”, où naîtra un jour l’agneau de Dieu… Abraham, Rébécca, Isaac, Sarah, Jacob et Léa sont enterrés à Hébron ! Prométhée deviendrait “ Le prévoyant ” ; son frère, Epiméthée, “ L’imprévoyant ”.

La fable
La fable ne demande pas un développement particulier. Ce qui la différencie du conte, c’est son caractère souvent versifié. La morale y est explicite. Elle se confond avec la chute.

La légende.
La légende est un récit édifiant qui relate la geste de héros identitaires. Certains la caractérisent comme un récit reposant sur des personnages historiques, lié à un lieu précis. Ces deux éléments supposés constitutifs de la légende ne peuvent être généralisés. Si on rencontre un peu partout des légendes sur le pont du diable, ou la statue retrouvée (le diable accepte de bâtir un pont contre l’âme du premier qui le traversera : la première personne qui franchit le pont est un chat, un chien ou un lièvre ; un laboureur trouve une statue de la Vierge dans un champ, on la place dans une église, la nuit, elle revient dans le champ : on y construit un sanctuaire) ; dans ces deux cas l’existence de la légende présuppose un pont ou un sanctuaire. C’est une légende ! Quand l’existence historique des protagonistes est invraisemblable, improbable ou douteuse, exception faite de quelques contes bretons se rapportant à la création de chapelle dont on conserve précisément l’identité du dévot promoteur, ce sont quand même des légendes. Des contes comme “ Le curé de Goult ” ou “ La vache de Belvezet ” peuvent être transposés n’importe où. Ce sont des contes ! Etymologiquement, la légende est faite pour être lue… Il est important de discerner ce qui y est dit entre les lignes ! Dans un essai intitulé “ La chèvre et le taureau ”, je relatais comment la légende de saint Gilles renvoyait à une substitution de symboles ; comment la geste de Roland n’était que le prolongement d’un autre récit explicite se rapportant à l’inceste.

Le mythe.
Le mythe est une explication du monde. C’est l’âme d’un peuple ou d’une civilisation. Il comble un vide psychologique, une lacune identitaire. Il peut être le prélude d’une religion (Adam et Eve). Il joue un rôle important chez les animistes. Le mythe initiatique n’était transmissible que sous certaines conditions. Le mythe est affaire de sagesse. Laquelle dépend de l’époque et des lieux. Résumons-la comme ce que les vieux ont de plus précieux à transmettre. “ Les mythes les plus importants ne sont connus que des anciens, qui les conservent jalousement… Les vieux, détenteurs de ces savoirs secrets, siègent dans le village, muets comme des sphinx, et décident eux-mêmes dans quelle mesure ils peuvent, sans susciter de malheurs, communiquer le savoir des ancêtres à la jeune génération, et à quel moment exactement cette transmission peut être fructueuse. ”
La Bible, en dehors de toute considération de croyance ou d’adhésion plus ou moins mystique au texte, rassemble aussi bien des mythes, dont on trouve les racines dans certains récits sumériens, des légendes (la conquête du pays de Canaan, les Juges, Samuel, les Rois et les personnages de Samson, de David ou de Salomon), des contes comme Tobie ou Jonas, ou encore des discours inspirés (les prophètes, le Nouveau Testament).
Le mythe a aussi à voir avec le rêve. Il est la sagesse du rêve. C’est un rêve collectif et éveillé. “ Les rêves, à un degré considérable, sont le résultat de pressions intérieures qui n’ont pas trouvé à se soulager, de problèmes qui bouleversent l’individu, celui-ci ne sachant quelle solution leur donner et n’en trouvant aucune dans le rêve. (…) Aucun rêve ne peut éveiller un intérêt durable s’il n’est pas transformé en mythe, comme le furent les rêves de Pharaon interprétés par Joseph dans la Bible. ”

Les différentes formes de contes (1ère partie)

Publié le 20/11/2009 à 17:29 par contespourtous
Les différentes formes de contes (1ère partie)
En cours de correction
Je mettrai en ligne le chapitre traitant des mythes et des légendes dans les jours qui viennent, après avoir corrigé ce chapitre tiré de mon livre "Paroles de conteur" paru chez Edisud.

Les contes de randonnées.
Basés sur la répétition, l’accumulation.
Par exemple :
Il était une fois une chèvre, qui ne voulait pas traverser un pont.
La bergère alla trouver le chien :
- Chien, je veux que tu mordes la chèvre, qui ne veut pas tra-verser le pont !
- Non, dit le chien, je ne mordrai pas la chèvre, qui ne veut pas traverser le pont !
La bergère alla trouver le loup :
- Loup, je veux que tu manges le chien, qui ne veut pas mor-dre la chèvre, qui ne veut pas traverser le pont !
- Non, dit le loup, je ne mangerai pas le chien, qui ne veut pas mordre la chèvre, qui ne veut pas traverser le pont !
La bergère alla trouver le bâton :
- Bâton, je veux que tu frappes le loup, qui ne veut pas man-ger le chien, qui ne veut pas mordre la chèvre, qui ne veut pas tra-verser le pont !
- Non, dit le bâton, je ne frapperai pas le loup, qui ne veut pas manger le chien, qui ne veux pas mordre la chèvre, qui ne veut pas traverser le pont !
La bergère alla trouver le feu :
- Feu, je veux que tu brûles le bâton, qui ne veut pas frapper le loup, qui ne veut pas manger le chien, qui ne veut pas mordre la chèvre, qui ne veut pas traverser le pont !
- Non, dit le feu, je ne brûlerai pas le bâton, qui ne veut pas frapper le loup, qui ne veut pas manger pas le chien, qui ne veux pas mordre la chèvre, qui ne veut pas traverser le pont !
La bergère alla trouver la rivière :
- Rivière, je veux que tu noies le feu, qui ne veut pas brûler le bâton, qui ne veut pas frapper le loup, qui ne veut pas manger le chien, qui ne veut pas mordre la chèvre, qui ne veut pas traverser le pont !
- Non, dit la rivière, je ne noierai pas le feu, qui ne veut pas brûler le bâton, qui ne veut pas frapper le loup, qui ne veut pas manger le chien, qui ne veut pas mordre la chèvre, qui ne veut pas traverser le pont !
La bergère alla trouver la vache :
- Vache, je veux que tu boives la rivière, qui ne veut pas noyer le feu, qui ne veut pas brûler le bâton, qui ne veut pas frapper le chien, qui ne veut pas mordre la chèvre, qui ne veut pas traverser le pont !
- Non, dit la vache, je ne boirai pas la rivière, qui ne veut pas noyer le feu, qui ne veut pas brûler le bâton, qui ne veut pas frapper le loup, qui ne veut pas manger le chien, qui ne veut pas mordre la chèvre, qui ne veut pas traverser le pont !
La bergère alla trouver le boucher :
- Boucher, je veux que tu tues la vache, qui ne veut pas boire la rivière, qui ne veut pas noyer le feu, qui ne veut pas brûler le bâton, qui ne veut pas frapper le loup, qui ne veut pas manger le chien, qui ne veut pas mordre la chèvre, qui ne veut pas traverser le pont !
Le boucher accepta de tuer la vache, qui accepta de boire la rivière, qui accepta de noyer le feu, qui accepta de brûler le bâton, qui accepta de frapper le loup, qui accepta de manger le chien, qui accepta de mordre la chèvre, qui accepta de traverser le pont !
On trouvera quelques petits joyaux africains de contes à répétition dans “ La mère dévorante ”, de Denise Paulme, et d’autres allemands dans les contes de Grimm.

Les contes à énigmes.
Les contes africains ne donnent pas la solution aux énigmes qu’ils posent. Ils sont prétextes à des palabres jamais achevées, comme dans les contes Kono . La tradition du conte à énigmes vient de loin. Un exemple célèbre, c’est celui du sphinx dans le mythe d’Œdipe. Qu’est-ce qui le matin marche à quatre pattes, à midi sur deux, le soir sur trois ? (L’homme, qui au matin de sa vie marche en s’aidant des mains, et au soir utilise une canne !) On peut encore citer Samson, qui tue un lion. Au retour il se nourrit du miel que des abeilles ont fabriqué dans sa carcasse. “ De celui qui mange est sorti ce qui se mange. Du fort est sorti le doux ”. Dans les contes bretons, le voyageur qui traverse une forêt est arrêté par des korrigans qui lui posent des devinettes qu’il doit déchiffrer sous peine d’être métamorphosé en chauve-souris. “ Qu’est-ce qui a six pattes, deux têtes et deux bras ? ” (Un cheval et son cavalier !) “ Qu’est-ce qui fait le tour du bois sans jamais le traverser ? ” (L’écorce !) “ Je suis un quand on me lance, je suis trois quand je retombe, qui suis-je ? ” (l’œuf !) On connaît la devinette suivante : “ Un homme a une barque. Il doit faire traverser une chèvre, un loup et un chou. Il ne peut prendre deux passagers à la fois. Si le loup reste avec la chèvre, il la mange. Si la chèvre reste avec le chou, elle le mange. Comment va s’y prendre l’homme ? ” (On peut s’aider d’un schéma représentant la rivière et le pont ! L’homme transporte la chèvre de B en A. Le loup reste avec le chou en B, il ne se passe rien. Il transporte le loup de B en A. Le chou est seul. Il transporte de nouveau la chèvre, de A en B. Cette fois, il laisse la chèvre en B, et transporte le chou de B en A. La chèvre est seule en B. Le loup seul avec le chou en A. Puis il fait à nouveau traverser la chèvre de B en A !) Enigme plus récente : “ Un père et son fils roulent en voiture. Ils ont un accident. Le père est tué sur le coup. Le fils est grièvement blessé. À l’hôpital, le chirurgien déclare : je ne peux pas l’opérer, c’est mon fils. Comment est-ce possible ? ” (Le chirurgien, c’est sa mère !)

Les contes d’animaux.
Marie-Louise Ténèze distingue entre contes d’animaux et contes avec animaux. Elle met l’accent sur le fait que les contes d’animaux, reflets de la société des hommes, en donne une vision crue : le fort a raison du faible, le rusé du balourd, mais l’infériorité physique y est compensée par la supériorité intellectuelle. Tel “ Le roman de Renart ”, ce sont des récits anthropomorphiques qui met-tent en scène les travers des Grands de ce monde, ou des Prélats. Ce sont de véritables défouloirs pour les opprimés. Mais il est bon de respecter l’ordre existant, que chacun reste à sa place, dans son élément ; l’animal domestique à la maison, la bête sauvage dans le bois. L’animal à pattes qui prétend voler tombera assurément des cieux ! Le loup qui veut recourir au feu, ou entrer dans la maison, mourra ébouillanté. Arno Shirokauer commente ainsi les fables d’Esope, et son analyse peut parfaitement s’appliquer aux contes d’animaux : “ Ici le monde des animaux a son ordre, ses rangs, ses classes, et ce qui est bon pour l’un ne l’est pas pour l’autre. Aucun soupçon de critique sociale ; tout au contraire : il est insensé de vouloir transposer les règles de vie valables pour un ordo par un autre ; des jambes de cigognes sont adaptées pour des cigognes, du lait de vache est bon pour les veaux ; la fable nous confirme la le-çon de l’inégalité de toutes les créatures ! ” L’opposition animaux domestiquesanimaux sauvages, est aussi une opposition entre le clos et l’ouvert, la maison et la forêt.
En Afrique, les contes d’animaux relatent souvent les aventu-res de l’hyène et du lièvre, ou de l’araignée, qu’on retrouve aux Antilles. “ Le lièvre et l’araignée, qui, dans les contes, ont gardé une bonne partie de leurs caractéristiques réelles, sont bien vivants, mais également pourvus d’un portrait physique et moral spécial au conte. Ce sont des symboles. Entourés de leurs partenaires, ils ont pour mission de représenter l’homme en société. Le lièvre est le petit, extrêmement intelligent, qui, par les seules ressources de son esprit, est capable d’affronter toutes les situations. Certes, il passe son temps à jouer des tours, mais il n’est pas méchant. Au contraire, bon par nature, toujours vainqueur et ayant sans cesse, par surcroît, la chance avec lui, il reste toujours sympathique. Ce qui différencie le lièvre des contes africains de notre Renart, c’est que Lièvre utilise sa ruse pour châtier le mal. C’est un justicier, dont les armes principales sont l’intelligence, la ruse. Renart, lui, est intrinsèquement pervers. Il gruge gratuitement, pour le plaisir. Renart est un individualiste. Lièvre appartient à une communauté ; il exerce ses talents dans l’intérêt de celle-ci. Quant à l’araignée, si elle a été pourvue de quelque ruse, c’est avant tout un être pervers, qui, grâce à des pouvoirs plus ou moins occultes, ne cherche qu’à faire le mal. Aussi est-elle antipathique et n’inspire-t-elle que la méfiance. ” L’araignée joue un peu le même rôle que l’hyène. Ce qui l’en distingue, c’est qu’elle se croit belle et intelligente. Elle communique vraiment avec l’au-delà. Elle est non seulement mé-chante, mais orgueilleuse. Autre différence appréciable entre les contes de Lièvre et Hyène, la geste de Renart et Ysengrin, et les contes de l’Araignée, c’est que le ressort des contes des deux pre-miers cycles, est basé sur le contraste, l’opposition binaire, entre Lièvre et Hyène, Renart et Ysengrin. Le personnage de l’Araignée est plus subtil ! Il se fonde sur une dichotomie du personnage. En-tre ce que pense Araignée, et ce qu’elle est vraiment. Entre ce qu’elle dit et ce qu’elle fait. Araignée est un antihéros, comme Don Quichotte et Falstaff. À noter que le personnage de père Araignée dans certains contes des Antilles a évolué. Il est présenté comme l’imbécile plus futé qu’on ne croit, avec qui il faut compter. C’est la condition des esclaves qui a modifié le reflet de la réalité sociale que véhicule le conte.

Les peurs. (Paurs, en occitan).
“ Ce terme désigne tout à la fois le récit lui-même et, généti-quement, tous les êtres fantastiques qu’il met en scène ”. Basili-que, Cachevieille (étouffe-vieille, cauchemar), Roumègue ou Rou-mèque, autrement appelée Tire-noie ; Babau, Trêve, Chapacan (at-trape-chien) ; Caraque et Boumian (bohémien) ; Drac, Bugadière (lavandière) ; Dame blanche, Sarramauque, Gripet, homme sau-vage, homme des bois, homme velu, Sinagries, Boufatine, Chatte-ferrée, Faramauque, Garramaude, Grafagnaude, Bramabiau, Jean-Petit, Marca-mau, vampire et autre suceur de sang ; brou, galoup et galipot (loup-garou) ; Marrochine, Montfort, Paparaugne, Moine rouge ; nains divers, gobelin, korrigan, gremlin ; sirène, femme serpent et femme poisson ; feux follets, Diable et autres diablotins ; Matagot, géant et ogre ; huant, houppeur et autre appeleur ; Peilla-rot (chiffonnier), père Lustucru etc.

Les contes facétieux.
On les rencontre partout. Chez les Arabes ou les Juifs. En Eu-rope, le héros s'appellera Jean le sot ou le fin voleur. Il n’est pas sans rapport avec les récits de bistrot, de travail, les galéjades de voisinage où l’on prête des aventures enjolivées ou imaginaires à quelqu’un qu’on connaît. On prendra pour cible le curé, les fem-mes, les cocus, le Diable, la Mort, ou les habitants du village voisin (“ beotiana ”, autrement dit “ belvezade ” dans le Gard, parce que pendant longtemps on y a raconté les tribulations saugrenues des habitants de Belvezet, village catholique dans un environnement calviniste). L’héritage religieux n’éclaire pas tout. En Bretagne ce sont les habitants de Balazé qui sont la risée de leurs voisins. Le cousinage des deux termes, Belvezet et Balazé, s’apparentant à Billevesée, expliquerait l’acharnement dont sont l’objet les malheu-reux habitants de ces localités. De même dans l’Aude les habitants du Clat et de Quilhan sont la cible de leurs voisins. Là encore, la “ quilhanade ” rappelle la couillonnade...
C’est la bonne vieille technique du bouc émissaire, qui consiste à se faire une bonne opinion de soi-même sur le dos d’autrui. Sacrés humains !

Les contes dits urbains ou anecdotiques.
Les contes dits urbains ou anecdotiques sont proches du conte facétieux. Ils s’en distinguent par le lieu de narration (le conte facé-tieux se raconte plutôt lors des veillées). La nouveauté (le conte urbain apparaît un beau jour, sans qu’on sache ni d’où, ni par qui il nous vient en premier). Par l’humour qui s’en dégage : le conte facétieux est amusant par sa désuétude, par sa structure qui captive le public de bout en bout. Le conte urbain est plus concis, plus di-rect ; il mise sur le bon gros rire que déclenche la chute. Ces contes sont vivaces, ils relèvent d’un imaginaire populaire qui, s’il n’est pas toujours de bon goût, est souvent cocasse. Qui invente ces his-toires, personne ne le sait. Comment se propagent-elles d’un bout à l’autre de l’Exagone, relève du prodige. Elles courent de bar en atelier, de communion en repas d’affaire. Le bistrot est le lieu privi-légié de propagation des contes dits urbains. Le sexe y joue un rôle majeur. J’avoue être friand de ce genre d’histoires, au grand éton-nement ou au grand dam de certaines de mes connaissances. Il y a partout d’excellents conteurs qui seraient les premiers surpris d’être ainsi sériés. Il s’agit d’un don qui ne doit rien à quelque apprentis-sage que ce soit, sinon le plaisir de raconter.
On classera dans cette catégorie les histoires belges. Les contes urbains peuvent facilement tourner au harcèlement et au racisme !

Les contes de nourrices.
On désignait par-là, de manière péjorative, les contes de fées, mais aussi toutes les historiettes que racontaient les nourrices (et les femmes en général, mères, grands-mères…) aux tout petits. Le terme a le mérite de souligner que l’enfant ne se nourrit pas que de lait. Il se repaît de mots (de signifiants), de sourires, de caresses, de câlins, de guili-guili, de regards… Marie Bonnafé raconte comment l’empereur Frédéric II de Souabe, au XVIIème siècle, recherchant une langue “ naturelle ”, avait interdit qu’on parle à des nourris-sons. Aucun n’a survécu !
Ce registre comprend les comptines, les jeux de doigts etc. Je renvoie au tome 1 de l’ouvrage de Fabre et Lacroix, “ La tradition orale du conte occitan ”, aux P.U.F., qui contient de nombreux exemples. Mais aussi à la collection des “ Contes, Récits et Légen-des des pays de France ”, de mon ami Claude Seignolle, récemment réédités chez Omnibus, ainsi qu’aux “ Récits et contes populaires ”, de Gallimard et aux deux tomes de “ Mille ans de contes ”, aux Editions Milan.

Les contes de fées.
Il s’agit de la forme littéraire du conte merveilleux populaire. Les contes de fées ont pris un contenu idéologique marqué avec Perrault, les frères Grimm et Andersen, dans des registres diffé-rents. Le contenu moraliste de Perrault a été accentué par les jésui-tes lors de la contre-réforme. Ce sont des contes à messages, l’Eglise s’attachant plus au contenu éducatif, pédagogique, qu’aux supports (les fées, les lutins, les sorcières). J’y reviens plus loin. Il ne s’agissait pas vraiment dans l’esprit de Perrault de contes pour enfants. Ce n’était pas réellement leur but ! Leurs valeurs se vou-laient avant tout littéraires et morales. Les contes perraultisés sont des contes de cour, de salons, prisés dans l’entourage de Louis XIV. On les utilisait toutefois pour faire des enfants de petits adul-tes bien pensants, soumis à l’autorité de l’ordre existant (monarchi-que ou bourgeois). Ils respectent des processus psychiques qui les rendent toujours actuels, contrairement à de nombreux contes qui, au XXème siècle, se voulaient progressistes et libérateurs.

Les contes merveilleux.
Il relate un conflit, qui met aux prises un gentil et un méchant, où le recours à l’extraordinaire permet de dénouer l’intrigue. Le principe merveilleux peut être aussi bien personnifié par une fée, un lutin, un magicien, un animal, la Mort, un mendiant, une vieille ou un saint (saint Pierre, saint Roch, saint Yves, la Vierge ou Jésus en personne…)
Les fées sont des survivances des Parques romaines et des Moires grecques. En Allemagne, elles sont dites sages-femmes. Elles ont à voir avec la naissance et la Mort. J’ai dit plus haut que le nom représentait le Destin dans les pays arabes. On peut ajouter que dans certains pays d’Afrique Noire, le prénom du nouveau-né doit être tu pendant une certaine période, ou bien l’enfant est au-trement nommé que par son prénom véritable (destiné), pour dé-jouer les mauvais esprits.
“ Au temps où les hôpitaux étaient rares, ou la sage-femme sortie de l’école n’existait pas encore, les femmes, dans les ha-meaux, dans les fermes isolées, accouchaient chez elles. Quelques jours avant la naissance, les femmes se réunissaient et se mettaient au travail pour apprêter l’une des chambres de la maison. On ba-layait, astiquait, chassait les araignées, changeait les draps de lit. Tout cela, penses-tu, pour que l’enfant arrive dans une chambre propre et accueillante ? Eh bien non ! C’était, dans la tête de ces femmes de la campagne, pour tromper la mauvaise fée. Car l’accouchement se faisait ailleurs, dans une pièce que l’on avait négligée, dans un coin de l’étable quelquefois. C’est qu’il en allait de la destinée du nouveau-né. À la naissance, pensaient ces fem-mes, une fée donne à l’enfant ce qui sera sa destinée, sa fatalité, bonne ou mauvaise. Santé, goût au travail, bon mariage, nombreux enfants, si la fée est bonne et bien intentionnée. Maladies, acci-dents, malchances diverses, célibat, si la fée est méchante et ja-louse. Et c’était pour tromper la malintentionnée qu’on lui donnait un faux rendez-vous dans la pièce apprêtée mais vide. On l’appelait la fascinière – fasciniéro (…) À notre mort, il y a trois fades. L’une tient la quenouille où s’enroule le fil de notre vie. L’autre tourne le fuseau et la troisième coupe le fil de ses grands ciseaux ! ”
Leurs ancêtres, les Kérès grecques, sont des divinités inferna-les.
Les ogres, eux, renvoient au mythe de Cronos, qui dévorait ses enfants. Ce qui se passe bien ainsi dans “ le Petit Poucet ”, et dans d’autres contes populaires où l’ogre berné mange sa progéni-ture. Du mot grec Orcus, l’ogre est aussi une divinité infernale. On trouve encore des scories de cette tradition dans les contes où l’ogre non chrétien aide l’enfant à duper le Diable, ogre chrétien.
Le conte merveilleux est souvent présenté comme une quête. La quête suppose un déplacement, et un acte de volonté. Le terme ne me semble pas adapté à toutes les situations, dans la mesure ou un conte peut se dérouler dans un même lieu, et où le héros est en-trainé dans une aventure à son corps défendant. Quelle est la quête de la “ Belle au bois dormant ” ? Je réserverais la notion de quête quand le héros opère un départ volontaire, même provoqué par une intrusion étrangère dans la situation initiale, dans un but ou à la recherche d’une personne ou d’un objet précis ! Je préfère parler des mobiles des personnages qui sont à la source du conflit (de l’intrigue) les opposant. Le héros devrait y surmonter trois épreu-ves. Ce qui est vrai pour des contes comme “ la fille du Diable ”, mais absolument pas évident pour des contes tels que “ le Petit Chaperon rouge ”, “ le petit Poucet ”, “ Cendrillon ” ou “ la Belle au bois dormant. ” C’est une des difficultés que l’on rencontre dans les écoles, où le conte est contrit dans une définition assez stricte, définie par les spécialistes de l’Education Nationale. Il n’empêche que les nombre trois, sept et douze appartiennent à la symbolique du conte. Les trois épreuves, établies en Loi générale, sont un dogme qui torture le conte pour le faire cadrer de gré ou de force avec un schéma préétabli. De la même façon, la métamorphose, le “ happy end ”, ne sont pas des figures obligatoires du conte. Avec le romantisme, le Salut est parfois dans la mort !
Le conte merveilleux est une projection qui vise à un changement d’état du petit, ou du faible, qui accédera à une condition bien meilleure que sa condition initiale. Il y en a d’autres où le hé-ros revient au point de départ. C’est ce que Denise Paulme nomme les contes cycliques, comme dans “ L’histoire du pauvre pêcheur et de sa femme insatiable ”. Le mariage, le pouvoir, la richesse, peu-vent en être la récompense. Les quatre notions clés me semblent donc être celles de mobiles du conflit, de conflit ou d’intrigue, de récompense (ou de Salut), de châtiment. “ Les adultes croient sou-vent que le châtiment cruel du méchant dans les contes de fées per-turbe et terrorise inutilement l’enfant. C’est exactement le contraire qui est vrai. L’enfant est rassuré de savoir que le châtiment suit le crime. ” Laissons la parole à Marthe Robert, qui a rédigé une pré-face aux contes de Grimm qui est un modèle d’érudition et de sa-voir vrai : “ Pour l’essentiel il (le conte) décrit un passage. Passage nécessaire, difficile, gêné par mille obstacles, précédé d’épreuves apparemment insurmontables, mais qui s’accomplit heureusement à la fin en dépit de tout. Sous les affabulations les plus invraisembla-bles perce toujours un fait bien réel : la nécessité pour l’individu de passer d’un état à un autre, d’un âge à un autre, et de se former à travers des métamorphoses douloureuses qui ne prennent fin qu’avec son accession à une vraie maturité. ” Les notions d’équilibre et de déséquilibre, telles que les utilise Denise Paulme, pouraient tout aussi bien valider la dynamique narrative du conte : d’un êtat statique, descriptif, un élément le plus souvent extérieur (le méchant) vient perturber l’équilibre relatif initial. Le déséquili-bre provoque les tentatives du ou des héros pour revenir à un nou-vel état d’équilibre supérieur au premier et qui gomme, pour ainsi dire, ce que la situation première avait d’injuste, d’insatisfaisante ou d’insupportable. La particule qui vient provoquer la réaction en chaîne que nous nommons narration, est le plus souvent un man-que, ou la mise en évidence, incontournable, d’un manque déjà existant. Le manque révélé, surmonté, assumé ou comblé, renvoie en partie au deuil, au travail du deuil, et au deuil assumé. Selon le mobile de celui qui provoque la désorganisation de la structure (Gestalt) préexistante, le dénouement du conte, l’achèvement du processus narratif, induit le châtiment ou la récompense du désor-ganisateur.
L’une des différences entre les contes merveilleux russes ou slaves, et les contes français traitant du même thème, c’est que le héros est parfois en France un ancien débauché (“ Jean de Calais ”, “ La Montagne Verte ”), alors que dans le conte d’Europe Centrale ou de l’Est bâti sur le même thème, il s’agit d’un jeune sage, prince de surcroît. Le conte français occille entre érotisme et confor-misme, selon qu’il reste attaché à la tradition populaire ou non. Dans le conte allemand ou slave, je parlerais de messages et d’incrustations subliminaux.

Les contes de mensonge
“ J’ai été tirer de l’eau avec une cruche en mie de pain dans une rivière à sec etc. ”.

Les contes étiologiques.
Oskar Daehnardt distingue entre les contes étiologiques pro-prement dits, et ceux dont l’explication fournie à tel ou tel phéno-mène vient se surajouter à un récit qui se suffit à lui-même. Les contes étiologiques donnent une explication poétique à la forme des oreilles du lapin, aux couleurs de l’arc-en-ciel, à la naissance du soleil, de la lune, de la nuit ou de la Mort. Ce sont mes préférés, avec les contes merveilleux et les contes urbains.

Les mimologismes
Ce sont des formules ou formulettes qui donnent une explica-tion aux cris des animaux. Un bon exemple en est “ Les grenouilles ”, de Steve Warring. “ Al paradis, al paradis ”, dit l’alouette dans telle comptine occitane.

Les contes fantastiques.
Les contes fantastiques sont marqués du sceau de l’ambiguïté. Quelle est la part du rêve, quelle est la part de la réali-té ? Ils doivent beaucoup aux romantiques allemands, et français. Mais aussi aux Américains Edgar Poë et Lovecraft. Certains ont vu dans le romantisme allemand, dans l’aryanisme de quelques folklo-ristes germaniques, la matrice culturelle dont le nazisme avait be-soin. C’est en partie vrai, quoiqu’on ne puisse ni rejeter des écri-vains fameux pour des crimes perpétrés un siècle ou plus après la parution de leurs ouvrages, ni leur imputer ces crimes.
Deux siècles durant, on a opposé le rationalisme, le positi-visme, le naturalisme ou le réalisme, au fantastique et au symbo-lisme. Il y a une dialectique entre la littérature réaliste et symboli-que : l’une et l’autre se nourrissent des lacunes de son contraire, et se complètent. Je dirais même qu’elles s’épousent. “ Le conte fan-tastique naît de la juxtaposition dans le texte de deux ordres, le Na-turel et le Surnaturel, et donc de leur récusation mutuelle et expli-cite. Le conte fantastique s’inscrit donc à un moment précis, où s’affrontent deux discours culturels. Celui de la Transcendance à laquelle on ne croit plus, celui de la Rationalité, impuissante à ren-dre compte de toute la réalité . ” Le fantastique, le merveilleux, la vraie fiction, alimentent cette instance imaginaire et poétique, né-cessaire au développement harmonieux de l’individu. Instance que ne satisfera jamais le rationalisme. Les exclusions et les ostracis-mes ne sauraient voiler qu’on écrit en fonction de ce qu’on est. L’œuvre a des qualités littéraires ou non, un point c’est tout. Si l’on retient l’hypothèse de l’Inconscient, l’opposition entre réalisme et romantisme n’a pas grand sens !
Les grands maîtres du fantastique français du XXème siècle sont l’autodidacte Claude Seignolle, et Jean Ray.

Les contes de sagesse.
Les contes de sagesse sont le plus souvent des contes philo-sophiques courts. Ils illustrent la pensée du Bouddha, des maîtres soufis, des Hassidim et autres grands sages, chamans, etc. Il y a beaucoup de contes de sagesse d’inspiration chrétienne, je l’ai dit plus haut, comme “ Le maître des maîtres ! ”.

Les faits divers et les contes historiques.
Jusqu’au début du siècle, et bien après, on se racontait “ les affaires ”. L’histoire de l’auberge de Peyrebelle. Des histoires de sorcières qu’on a brûlées, d’empoisonneuses, d’infanticides. Le terme de Marque-Mal, populaire en francitan, désigne quelqu’un de mal habillé. Il aurait pour origine un brigand, Marc Amau, qui au-rait vécu dans une grotte de l’Hérault. On dit aussi que cela vien-drait des Marcomands, les Normands… La peur du brigand a peut-être renforcé une vieille terreur séculaire. Allez savoir ! Le Mont-fort de l’Ariège, qui fait partie des paurs, a pour origine Simon de Montfort. Un Amaury est un imbécile dans ce même département. Il s’agit du propre fils de Simon, Amaury de Montfort. Un gui, dans les pays anglo-saxons, est un pauvre type, du prénom d’un régicide. Gui est aussi incongru en Angleterre, qu’Adolphe en France ! Manson, l’assassin de Sharon Tate, ou Conty, le hippy de l’Ardèche devenu tueur fou, ont fait l’objet de nombreux récits oraux. Ces histoires, amplifiées, devenaient autrefois des chansons, qu’on chantait sur les places de marché. Des ex-voto correspondant aux différentes phases l’illustraient , comme des bandes dessi-nées ! On pourrait classer dans cette catégorie les rumeurs.
Le conte historique est proche de la légende. Il s’en distin-guerait par une plus grande proximité temporelle et spatiale suppo-sée. Je dirais qu’il est censé être à portée de mémoire des ancêtres !

Les récits bibliques.
Surtout contés dans les Cévennes, le pays protestant, et chez les juifs. Les fées, les petits lutins, faisaient mauvais ménage avec la Bible. Dans les Cévennes, les légendes, les contes, en ont pâti. Les danses et le jeu de quilles aussi !

Ecrire des contes avec les enfants

Publié le 14/11/2009 à 11:16 par contespourtous
Ecrire des contes avec les enfants
Vous pouvez aussi consulter mon livre "Créer des contes avec des enfants", aux Editions l'Harmattan.

Il existe plusieurs sortes de contes, mais pour un public d’enfants on en utilise principalement trois.
- Les contes merveilleux, dont le ressort profond est un conflit entre un gentil et un méchant. A éviter pour les tout-petits, les fées et les lutins étant des concepts trop abstrait.
- Les contes de randonnée, que j’appelle conte de promenade quand je les présente aux enfants, qui procède surtout par accumulation. (A rencontre B ; A et B rencontrent C ; A, B et C rencontrent D, etc.)
- Les contes étiologiques, que j’appelle quand je les présente aux enfants « histoires de pourquoi et de comment », qui expliquent de façon poétique pourquoi la mer est salée, pourquoi les chiens n’aiment pas les chats, ou pourquoi le lapin a de grandes oreilles et une toute petite queue…
Les CM2 auront quant à eux tendance à se rapprocher des contes fantastiques.

Quelques petites choses à préciser tout d’abord.

Sur le temps.
Je préfère travailler dans la durée, avoir le sentiment d’avoir le temps, tout mon temps. Il est toujours possible de revenir sur l’ouvrage tant qu’il ne nous donne pas entièrement satisfaction, aux enfants et à moi. Je compte large.
- Trois séances d’une heure dites d’imprégnation ou de sensibilisation aux contes, où après avoir exposé le plus simplement possible ce qu’est un conte je raconterai des histoires, en demandant aux enfants si ce que je leur ai raconté correspond bien à ce que je leur ai dit du conte merveilleux, ou étiologique, ou de randonnée.
- Au moins deux séances d’une heure, voire trois séances, pour la création du conte avec les élèves. Lorsque les enfants se lassent, on laisse le conte à créer en chantier. Je leur raconte une ou deux histoires, en fonction du temps dont je dispose encore.
- La toute dernière séance sera dite de restitution. Je leur raconterai leur histoire comme n’importe quelle autre histoire, parmi d’autres histoires.
Donc de 6 à 7 séances, pas plus, quitte à passer le relais à quelqu’un d’autre si on veut que le conte soit illustré, ou devienne pièce de théâtre, ou conte musical, ou qu’il fasse l’objet d’une fresque dans le préau d’une école, ou tout autre prolongement bienvenu.
Personnellement, je suis de plus en plus sceptique sur ces projets qui n’en finissent pas, s’étirant sur un semestre, voire sur toute une année scolaire, et qui me donnent le sentiment de ne pas avoir d’autre objet que d’assurer au conteur que je suis une source régulière de revenus.

Sur le statut de l’imaginaire.
Je sais bien que certains ados se sont créés une bulle virtuelle, tentant ainsi d’échapper au réel. Ce sont des cas extrêmes. Une personnalité bien intégrée suppose qu’on maîtrise ses pulsions, qu’on en fasse éventuellement quelque chose, dans le domaine de l’art ou du sport par exemple, et que l’on soit capable de communiquer avec autrui dans le cadre des rapports de travail, de voisinage, ou simplement familiaux. La création d’une fiction suppose d’autre part de l’audace en même temps qu’une discipline certaine. Le conte a une structure. Il faut respecter certaines règles pour qu’il fonctionne. En règle générale, son écoute est un moment privilégié partagé.

Sur l’écriture des contes créés avec des enfants.
Qui écrit le conte ? Pour les classes de maternelles et les CP il va de soi que c’est l’enseignant ou le conteur. Pour les CM, les enfants peuvent écrire collectivement le conte aidé par l’enseignant.

Imaginons !
Imaginons que vous êtes un enfant de CP ou de CE1 et qu’un beau jour votre instituteur accueille dans votre classe un conteur qui vous tient le discours suivant :
- Je m’appelle Jean-Claude, et je suis conteur… Qu’est-ce que c’est qu’un conteur ?
- C’est un monsieur qui raconte des histoires.
- Voilà ! Eh bien figurez-vous que si le maître m’a invité, ce n’est pas seulement pour raconter des histoires ! Je vais en raconter, mais je ne ferai pas que ça. Le but de ma venue dans votre école, c’est d’inventer une histoire avec vous. Pour cela je viendrai dans votre classe tous les lundis après-midi de 14 à 15 heures.
Aujourd’hui, je vais vous expliquer comment fonctionne un conte, et puis ensuite je vous raconterai des histoires. Si je suis trop compliqué, surtout n’ayez pas peur de me le dire.
Alors voilà, il y a des histoires qu’on appelle des contes merveilleux. Pour faire un conte merveilleux, il faut un gentil et… ?
- Un méchant !
- C’est ça. Bon, maintenant si le gentil et le méchant restent chacun de leur côté, que se passe-t-il ?
- Rien !
- Ben non, ils doivent se rencontrer. Et quand ils se rencontrent qu’est-ce qui se passe ?
- Ils se bagarrent !
- Très bien ! Ils se bagarrent. Et qui est-ce qui gagne en premier ?
- Le gentil !
- Ben non, en général c’est le méchant qui gagne d’abord. Il va faire prisonnier le gentil par exemple, ou le transformer en quelque chose. Rappelez-vous « Blanche-neige », ou « Le petit Poucet », ou « les Sept chevreaux », ou « la Belle au bois dormant ». Et ensuite ? Qui est-ce qui gagne ?
- Le gentil !
- C’est ça le gentil, parce qu’il va se montrer plus intelligent que le méchant, ou parce qu’il va se faire aider par quelqu’un qu’on appellera un auxiliaire : une fée, un lutin, un animal, un vieux. À la fin le gentil est récompensé. Il devient riche, il épouse la fille du roi, il perd sa bosse. Quant au méchant, lui, il est puni. Il meurt, ou bien il est transformé en crapaud ou en araignée, ou en autre chose d’horrible.
Maintenant je vais employer un mot compliqué. Il y a aussi des contes étiologiques. J’explique tout de suite ce que ça veut dire. On peut appeler ça des histoires de pourquoi et de comment. Pourquoi le soleil brille, pourquoi la lune diminue, pourquoi le zèbre a des rayures…
Et puis enfin il y a d’autres contes qu’on appelle des contes de randonnées. Le chien rencontre le chat, il se passe quelque chose entre le chien et le chat, puis le chat et le chien rencontrent le cochon, il se passe quelque chose entre le chat, le chien et le cochon, un peu comme dans l’histoire de la chèvre qui ne voulait pas traverser le pont : la fermière appelle le bâton pour frapper la chèvre qui ne voulait pas passer le pont, le bâton ne veut pas frapper la chèvre qui ne voulait passer le pont, la fermière appelle le feu pour brûler le bâton qui ne veut pas frapper la chèvre qui ne voulait passer le pont…

Un conte merveilleux
- On commence par un conte merveilleux. (le conte des deux bossus).

Un conte de randonnée.
- La Feria de Nîmes (avec supports).


Un conte étiologique
- Histoire des trois amis (pourquoi la lune décroît, avec supports)

Seconde et troisième séance
La seconde séance commence par un bref rappel de ce qu’est un conte merveilleux, un conte de randonnée et une histoire de pourquoi et de comment.
On va donc durant la seconde et la troisième séances d’une heure se familiariser avec les contes. C’est à la bonne franquette. Je leur demande quelle sorte de conte ils souhaiteraient écouter ce jour-là. J’alterne avec des petites histoires toutes simples, comme celles rassemblées dans « l’Eveil par le conte », paru chez Edisud, ou des devinettes, ou des livres commentés (le livre est tourné vers les enfants, je l’utilise comme un support, prenant les plus grandes libertés avec le texte écrit, d’autant plus grandes que je ne les lis jamais, je les raconte). En règle générale, j’ai le temps de raconter 5 à 6 histoires, dont au moins une plus compliquée et plus longue sans support (marionnettes ou livres) pour les classes à partir du CE.

Deuxième partie
J’arrive sans angoisse ni idée préconçue, en sachant que j’ai tout mon temps, que nous avons, les enfants et moi, tout notre temps. Je m’attends simplement à ce que les enfants du primaire souhaitent créer un conte merveilleux, puisque c’est en général ce pour quoi ils optent. Avec les plus petits la création de ce type de conte est plus laborieuse. A la question « qui est le gentil », il n’est pas rare d’entendre « moi ». Puis ils n’en finissent d’énumérer des gentils et des méchants. A un certain moment il faut choisir ! L’histoire peut progresser rapidement ou non selon les classes, il faut avoir une troisième oreille et attraper au passage tout ce qui permet de faire progresser le récit. Lorsque le récit s’enlise, il faut faire la synthèse de ce qui est acquis. Je pose des questions du genre : En quoi cette sorcière est-elle différente des autres sorcières ? Quand la sorcière tombe du balcon, est-ce qu’elle meurt ? Je remplace l’illogique par le merveilleux. La sorcière ne peut pas tomber du balcon dans la patinoire qui se trouve à trois kilomètres de là, mais le balai peut perdre ses poils, elle entre par la fenêtre de la patinoire et se retrouve prisonnière dans la glace !
Les enfants font le tri, je n’insiste jamais quand ils ne veulent pas d’une de mes suggestions, je me dis qu’ils ont de bonnes raisons pour cela.
Dans mes expériences récentes, non seulement j’écris au tableau (pour les plus grands) le développement du conte, l’ordre d’apparition des personnages, mais je représente le déplacement de l’histoire dans l’espace. J’essaie d’être le plus simple possible. Je n’insiste pas ou plus pour que les personnages soient nommés : cela facilite l’identification. Souligner les failles du conte proposé, c’est encourager les enfants, à trouver eux-mêmes des solutions. Quand on piétine et lorsqu’on voit que les enfants se lassent, baillent, il est préférable de laisser reposer la pâte et de reprendre le conte la semaine suivante. Les contes merveilleux étant les plus difficiles à élaborer, pour les plus petits mieux vaut créer un conte de randonnée avec des personnages qui leur sont familiers : le chien, le chat, la souris, le tout étant de conclure par une chute originale.

Roue libre depuis le 2 !

Publié le 13/11/2009 à 16:58 par contespourtous
Roue libre depuis le 2 !
Je prépare un dossier pour une formation dans le département de l'Eure, et je compte mettre prochainement en ligne le petit exposé que j'ai rédigé à cet effet sur les créations de contes avec les enfants. Il est vrai aussi que j'ai pris le temps de mieux faire connaître Nîmes à Linh, mais je compte bien faire de nouvelles traductions bientôt et retravailler celles déjà en ligne.

Linh à Nîmes

Publié le 02/11/2009 à 18:36 par contespourtous
Linh à Nîmes
Linh est enfin en France ! L'avion a aterri à 05:45, mon premier métro était à 05:26, nous avons donc pris un peu de retard, raté deux trains, le troisième était plein, et celui de 11:43 était pour Nice, nous avons donc changé et attendu 1 H 30 à Valence. A 16:16 nous étions enfin rendus ! Linh qui n'avait pas pu dormir dans l'avion s'est rattrapée cette nuit et a roupillé pendant 14 H non-stop ! Avec son chapeau cloche orange à la Vietnamienne en laine tricotée elle avait tout l'air de Calimero ! J'adore ce chapeau ! Mon odyssée est donc finie !

Un an !

Publié le 23/10/2009 à 14:57 par contespourtous
Un an !
Un an ! Mon blog a un an et je viens de passer le cap des 10 000 visiteurs, la preuve que malgré les imperfections dues en partie aux conditions dans lesquelles j'ai traduit ces poèmes, il suscite un intérêt réel !
Je pense qu'il y a eu un malentendu entre Ikebana et Blanche, mais si cela a permis à l'une et à l'autre d'exprimer ce qu'elles avaient sur le coeur, tant mieux !
Il y a des salauds partout, la différence est que certains ont du fric et d'autres non, ce qui ne les absout pas pour autant !

Commentaires après le courrier d'Ikebana

Publié le 22/10/2009 à 09:48 par contespourtous
Commentaires après le courrier d'Ikebana
Merci. Je vais chercher Linh le 1er novembre à l'aéroport de Paris-Charles de Gaulle. J'avoue que les préparatifs de son arrivée m'ont fait négliger mon blog. Il me faudrait le temps de relire toutes mes traductions, j'ai commencé à le faire et j'ai vu quelques grosses fautes* !
Je n'ai pas pensé que Blanche était un monsieur, et tout ce que vous dites est vrai, en pire : il y a des Français qui vont faire leurs courses là-bas, mais aussi des Américains, des Australiens, des Canadiens, des Chinois, des Coréens. J'ai rencontré des femmes, jeunes et moins jeunes, qui sont "làm quen", c'est-à-dire qu'elles sont l'épouse vietnamienne (souvent la seconde épouse, le plus souvent d'un Asiatique), pour les vacances ou lors de séjours de travail. J'ai connu ainsi une Chinoise de 50 ans "mariée" à un Coréen qui lui verse 75 euros par mois. Ce genre de contrat se négocie souvent en présence de la famille. J'ai vu aussi des très jeunes femmes travaillant dans les coffee shoppes qui ne racolaient pas mais réclamaient un petit cadeau, 200 000 dongs, à leur amoureux d'un soir. Quelquefois ce sont des liaisons avec des hommes mariés, ça fait partie du standing à partir d'un certain niveau de ressources d'avoir une "girl friend", et les épouses légitimes ne disent rien, elles ont trop peur du divorce qui reste très mal vu. 500 000 dongs c'est de la prostitution, 200 000 dongs c'est un cadeau ! Je sais que le tourisme sexuel sous toutes ses formes se développe au Viet Nam : salons de massage, karaokés, sans que l'on puisse généraliser, et surtout prostitution à domicile, et ce sont les hommes qui font les rabatteurs. J'ai rencontré aussi lors de mon précédent (avant-dernier) séjour un cyclo-pousse qui m'a proposé sa petite fille de trois ans. Personne n'a voulu m'écouter là-bas quand j'ai voulu en parler, on sait mais on ne veut pas savoir, et surtout on ne veut pas qu'on en parle, question image de marque du Vietnam ou bien la compassion s'arrête quelquefois à la famille. Du coup j'ai fait un signalement à Interpol, mais j'ai vu le cyclo-pousse toujours en liberté lors de mon dernier séjour. Je sais que tout cela existe aussi en France, mais pas à cette échelle ! Je ne suis pas un père la pudeur, je reconnais aux jeunes filles les mêmes droits que les garçons en matière de sexualité, mais l'amour tarifié et avec cette ampleur, et surtout avec des gamins ou des gamines, non !
Je me garde de juger ces jeunes femmes. Je ne sais pas ce qui revient à la misère ou à la crise morale qui a affecté les pays communistes après la chute du communisme (et le vietnam n'est plus un pays communiste mais ultra-libéral au sens économique du terme, même s'il est dirigé par un parti unique dit communiste - qui changera de nom s'il le faut, ce qui fait l'affaire des grandes compagnies financières tant que c'est un gage de stabilité). Mais je sais qu'un séjour au Vietnam hors les tours organisés est parfois très douloureux, surtout quand on aime le pays !


* Par exemple câu, composante de phrase ou couplet, à la place de cầu, prière, mais il y d'autres grosses fautes de traduction, j'ai commencé une révision générale qui prendra du temps !

Ma femme s'appelle

Publié le 08/10/2009 à 08:45 par contespourtous
Ma femme s'appelle
J'ai reçu notre livret de famille ce jour :
A Nantes, Linh a été enregistrée comme :
Nom : CHU
Prénom : Thị Huyên Linh !
Donc pour l'état civil français, qui étant impersonnel et n'étant pas bilingue ne le sait pas, elle a pour prénom "de sexe féminin" !
Il y a pourtant de nombreux Vietnamiens qui travaillent à l'ambassade de Hanoi !
Je vous explique : le nom des Vietnamiens se décompose en trois parties, le Họ, ou nom de famille, qui n'a que peu d'importance puisque 45 % d'entre eux s'appellent Nguyên, et jusqu'à 65 % dans le Nord du Centre. A cela une bonne raison : à la chute de la dynastie des Ly, et à celle de Măc, non seulement tous les Ly males de la dynastie ont été éxécutés, mais le nom, tout comme celui des Măc plus tard, a été interdit et tout les Ly et les Măc du Vietnam se sont appelés Nguyên. Donc si vous rencontrez un Vietnamein dont le nom est Ly ou Li, et ils sont nombreux, c'est qu'il est d'origine chinoise. Ensuite vient le nom-tampon, qui quelquefois indique le sexe, ce qui est le cas de Linh, puis le Tên ou nom personnel, plus important que notre prénom puisque l'on dit mademoiselle Linh, ou madame Linh, et jamais madame Nguyên ou Chu.
Et c'est parce que l'administration ne l'a intégré, ou s'en fout, que ma femme se voit dépossédée de son nom personnel, pour se prénommer dorénavant "De sexe féminin" !

Son arrivée est légèrement retardée : elle posera le pied sur le sol français le 1er novembre à 6 H 45, soit 4 mois jour pour jour après que je sois parti au Vietnam !

J'ai vraiment du mal à me remettre cette fois-ci, j'ai attrapé trois fois des ascaris et j'ai une inflammation des intestins !

Je vais me remettre aux traductions d'ici un ou deux jours, mais pas forcèment TCS

Rêveries, une poésie d'Anna Parker !

Publié le 03/10/2009 à 09:59 par contespourtous
Le lent balancement de mon âme
S’épuise à naviguer
Entre l’espérance et l’alarme
Sans désemparer

La fleur et l’oiseau m’appartiennent
Pour l’éternité
Les heures-passion me soutiennent
Pour m’en rappeler

Ma beauté ternit et je me chagrine
D’un rien, d’un retard
Du miroir vieilli qui mime
La peur dans mon regard

Et puis tu souris et je me rassure
Je me reconstruis
La peur oubliée au fond de l’armure
Le cœur embelli

D’un jour, d’une année, d’un mois à un autre
Je fais le pendule
Comme au creux des vagues un tout petit cotre
Déambule.


Bois le Roi, septembre 1984